Rencontre entre politiques et acteurs économiques pour la valorisation des Sédiments de dragage sur le territoire des Hauts-de-France

SEDICIM : des équipements de pointe chez EQIOM et IMT Lille Douai
23/01/2020

Rencontre entre politiques et acteurs économiques pour la valorisation des Sédiments de dragage sur le territoire des Hauts-de-France

Le 11 février dernier, Sedilab by CD2E a réuni acteurs économiques du secteur des sédiments et politiques des Hauts-de-France à la Chambre de commerce et d’industrie de Lille afin d’échanger sur les projets en cours et futurs. Objectif: construire un plan d’action commun permettant de répondre aux enjeux et de lever les verrous autour de la thématique. Cette rencontre fait suite aux Assises Nationales de la Valorisation des Sédiments organisée le 1er octobre 2019 à Paris, par Sedilab by CD2E.

Autour de la table ronde, animée par Victor Ferreira (Directeur du CD2E) et Cyril Scribot (Consultant sédiments au CD2E) étaient notamment présents : la Conseillère régionale des Hauts-de-France déléguée à l’économie circulaire, Aurore Colson, le président de la mission REV3, Philippe Vasseur ou encore le président de la CCI de Lille, Louis-Philippe Blervacque. Ont aussi répondu présents, des industriels tels que Nord Asphalte, Baudelet Environnement, Neo-Eco, Eqiom… ou des gestionnaires de voies d’eaux comme Voies Navigables de France.

Etat des lieux de la filière sédiments en Hauts-de-France et des enjeux

La région Hauts-de-France, pionnière sur la question des sédiments en France, grâce à des acteurs à l’initiative de la démarche Sédimatériaux, ne compte pas moins de 5 millions de m3 par an de sédiments dragués dans la région. Les marchés de gestion de ces boues de dragage sont, en particulier pour le secteur fluvial des Hauts-de-France, remportés par des entreprises belges, ceci compte tenu des différences de réglementation facilitant la gestion des sédiments de l’autre côté de la frontière. A cela s’ajoute les nombreux enjeux pour le secteur d’activité, d’ordre environnementaux, économiques, réglementaires et normatifs ou liés à l’aménagement du territoire. Cette rencontre, était donc l’occasion pour élus, gestionnaires et industriels de la région de discuter ensemble de l’avenir de la filière « sédiments ».

Parole aux acteurs économiques et aux différents projets

Dans un premier temps ce sont les industriels qui ont pris la parole chacun leur tour face aux élus afin de présenter les projets en cours, les avancées et les résultats de chacun.

Le projet SEDIA’SPHALTE par Nord Asphalte

Francis Grenier, président de Nord Asphalte a rencontré, il y a 5 ans, les acteurs de l’IMT Lille-Douai, c’est de cette rencontre qu’est né le projet Sedia’sphalte.

Nord Asphalte, s’est intéressé à la possibilité de substituer l’asphalte par des sédiments de dragage. Les recherches ont montré que les sédiments pouvaient être intégrés dans 62 % des formulations de différents types d’asphaltes. Le projet consiste en l’utilisation des boues issues de dragage avec traitement pour obtenir un statut de sous-produit et non de déchet recyclable. L’utilisation des sous-produits à la place des matériaux issus de carrière, permettrait de repousser chaque année l’échéance de consommation des ressources de la planète. Nord Asphalte compte aujourd’hui 50 employés. Depuis 2002, la société n’a fait qu’investir sur son site pour diminuer les impacts sur l’environnement de leur activité et démontrer que les industriels ne sont pas seulement des « pollueurs ».

Le projet SEDICIM par Eqiom

L’objectif de ce projet est de substituer le cru de cimenterie (aujourd’hui constitué de matériaux provenant de carrières) ou les additions minérales pour la fabrication de ciments, liants hydrauliques routiers ou de bétons, par des sédiments. Eqiom aimerait pourvoir aujourd’hui tester le projet Sedicim et avoir des produits potentiellement utilisables sur des chantiers-tests et pourquoi pas sur des démonstrateurs.

Une fois la démonstration effectuée, le développement de la filière industrielle permettra la création d’une nouvelle boucle d’économie circulaire et la commercialisation de ces écoproduits dans le secteur du BTP.

Le projet NEO-BLOCK par Neo-Eco

Le projet repose fondamentalement sur le développement expérimental en laboratoire du procédé de solidification par voie hydrothermale appliqué sur charges compactées à base de sédiments destinés à devenir des blocs de construction. La voie hydrothermale consiste en une réaction opérant sous certaines conditions spécifiques (température et pression importantes). Ce qui confère au matériau des propriétés mécaniques et de légèreté intéressantes. Des taux d’incorporation de 90% peuvent être atteints par cette voie.

Le projet SEDIPLAST par Neo-Eco

Le développement de Sediplast permet d’ouvrir la ressource sédiment à de nouvelles opportunités de filières et de diminuer les quantités de plastiques utilisées classiquement en intégrant des charges minérales dans les composites. Le procédé utilisé consiste à mélanger deux matériaux aux propriétés complémentaires : un matériau à base de plastique recyclé avec des propriétés liantes et un matériau rigide à base de sédiments qui permet la tenue mécanique et résiste aux efforts transmis à travers le liant. Les formulations testées vont jusqu’à utiliser 80 % de sédiments et certains matériaux sont 100 % recyclés.

Le projet VAL’AGRO par Baudelet Environnement

VAL’AGRO consiste en la valorisation agronomique de sédiments fluviaux en vue de la reconstitution de sols dégradés sur des friches industrielles. Ce projet a pour objectif de démontrer la faisabilité technique de la reconstitution de substrats favorables au développement d’une couverture végétale sur des espaces écologiques perturbés et d’établir l’absence de risques environnementaux et sanitaires lors de la réutilisation des sédiments à échelle réelle. Baudelet Environnement, souhaite donner la priorité au transport fluvial cela permettrait l’acheminement sans limite géographique.

Pour aller plus loin, une labellisation EU est envisagée pour ce matériau végétalisable.

Voie Navigables de France (VNF)

Voies Navigables de France (VNF) gère 6 700 km de fleuves, canaux et rivières navigables en France. De ce fait, l’organisme est fortement concerné par la problématique des sédiments et doit réaliser des opérations de dragage régulièrement. En effet, il est nécessaire de maintenir un tirant d’eau suffisant pour faciliter la navigation, améliorer l’écoulement hydraulique et préserver les milieux naturels. Dans le même temps, les berges qui longent les cours d’eau sont fragilisées par l’érosion naturelle. VNF est donc un consommateur important d’enrochement afin de limiter l’érosion et améliorer la stabilité des berges.

VNF a entrepris la construction de structures renforçant les berges : enrochements, matelas gabions et poutres de couronnement. Une étude a permis de démontrer que pour ces applications, il n’y avait pas de différence significative, sur le plan technique et environnemental, entre un béton classique et un béton à base de sédiments. Les applications ont donc été testées, in situ, sur le canal de la Sensée. Les premiers résultats du suivi environnemental sont très satisfaisants.

En route pour l’engagement vers la croissance verte …

Cette dynamique initiée par le ministère de la transition écologique dans la continuité du « Green Deal » développé aux Pays-Bas, a pour objectif de faciliter la mise en place de nouveaux projets. Cela passe par des accords signés par les ministres de l’Economie et de l’Ecologie, des accords permettant de limiter les freins aux développements des projets.

Dans le cadre des sédiments, l’objectif est de contribuer à l’émergence d’une filière industrielle en France en utilisant la région des Hauts-de-France comme laboratoire. Cela, en levant les freins identifiés par les acteurs économiques et en valorisant les projets pionniers en matière d’économie circulaire. Les filières visées par cet engagement sont l’asphalte, le béton, le ciment et le composite. 16 signataires devraient se réunir dans les prochains mois, dont l’Etat et la région Hauts-de-France autour de 24 engagements.

Cet engagement serait une réelle avancée pour la thématique en région Hauts-de-France, d’autant plus que c’est cette dernière qui accueille cette année le congrès international I2SM du 7 au 10 juillet 2020 à Lille.

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