Les sédiments, une ressource insoupçonnée devenue incontournable – Rencontre avec Aurore COLSON, Conseillère régionale Déléguée à l’Économie Circulaire

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Les sédiments, une ressource insoupçonnée devenue incontournable – Rencontre avec Aurore COLSON, Conseillère régionale Déléguée à l’Économie Circulaire

Pilier de de la Troisième Révolution Industrielle (Rev3), l’économie circulaire est un sujet majeur pour la Région Hauts-de-France. Avec la crise sanitaire de cette année 2020, la Région souhaite davantage mettre l’accent sur l’importance du développement durable et de l’économie circulaire. C’est ainsi, que le 30 juin 2020, un « plan de relance » orienté « durable » a été voté par le Conseil régional. Il a pour vocation de rendre le territoire plus attractif, compétitif, créateur d’emplois et de valeur ajoutée et inclut un plan de développement de l’économie circulaire via la dynamique Rev3.

L’un des enjeux principaux de l’économie circulaire, est de bousculer l’ordre établi de l’économie linéaire, pour cela il est nécessaire de construire des modèles et de démontrer leur viabilité et leur réplicabilité. C’est dans cette philosophie que la démarche Sédimatériaux a été mise en place, faisant partie de cette vision économique.

 

Rencontre avec Aurore COLSON, Conseillère régionale Déléguée à l’Économie Circulaire

 

SEDILAB : Dans quel cadre la Région Hauts-de-France participe-t-elle à la valorisation des sédiments ?

Aurore Colson : « La démarche Sédimatériaux, qui regroupe des partenaires publics, des partenaires privés depuis de nombreuses années maintenant, a permis de montrer que la valorisation des sédiments, l’utilisation des sédiments comme ressource et matériaux de construction, matériaux de BTP en tout cas, étaient opérationnelles et que ça pouvait fonctionner. Et ça, c’est quelque chose d’essentiel. Bien souvent, quand on est dans l’économie circulaire, le premier point, c’est de convaincre, c’est de persuader, c’est de montrer qu’on peut y arriver. Et c’est tout l’enjeu de cette démarche Sédimatériaux, qui a permis de montrer que l’utilisation des sédiments fonctionnait et était un atout pour une entreprise et que les entreprises pouvaient s’y intéresser et s’y engager. C’est d’ailleurs le cas puisque depuis maintenant quatre, cinq ans, on voit de nouvelles entreprises du BTP s’intéresser aux sédiments comme matières premières et en ce sens, la démarche Sédimatériaux est en train d’atteindre ses objectifs. On a levé les freins psychologiques, les freins technologiques, il reste encore, peut-être des freins réglementaires à lever, mais c’est ensemble qu’on pourra y arriver avec l’ensemble des partenaires publics et privés. »

 

 

« Bien souvent, quand on est dans l’économie circulaire, le premier point, c’est de convaincre, c’est de persuader, c’est de montrer qu’on peut y arriver. Et c’est tout l’enjeu de cette démarche Sédimatériaux, qui a permis de montrer que l’utilisation des sédiments fonctionnait et était un atout pour une entreprise. » Aurore Colson

 

 

 

SEDILAB : Quels sont les moyens mis en place par le Conseil régional des Hauts-de-France pour développer les filières de valorisation des sédiments dans la région ? Comment la Région accompagne-t-elle les gestionnaires de sédiments et/ou les entreprises qui souhaitent intégrer des sédiments dans leurs procédés industriels, à trouver des solutions pour leurs sédiments ?

Aurore Colson : « La Région Hauts-de-France est un partenaire historique la démarche Sédimatériaux, et c’est dans ce cadre-là, bien entendu, que la Région est accompagnatrice de projets avec ses autres partenaires que sont Voies Navigables de France (VNF), l’Etat, l’IMT Lille-Douai, le CD2E, la DREAL, le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire ou encore la Préfecture de région ».

 « L’intérêt de cette démarche Sédimatériaux, d’une manière générale, c’est de montrer que la valorisation des sédiments de dragage et de curage peut être opérationnelle. Il y a des concrétisations de chantiers : dans le BTP, sur des ouvrages de type béton par exemple et de nouveaux matériaux peuvent être créés à partir de ces sédiments. Donc, c’est vraiment l’intérêt de la démarche pour la région. »

 

Afin d’atteindre son objectif, la Région a accompagné et financé depuis 2016 beaucoup de projets, « Nous accompagnons les projets (…) essentiellement financièrement » précise Aurore Colson. Des projets portés par des acteurs publics, tel que SEDIMEL, le projet VNF, le projet lié aux bassins du Parc Barbieux à Roubaix ou encore le projet Valodigue. Mais aussi ceux portés par des acteurs privés comme, SEDIPLAST et NEO’BLOCK portés par Neo-Eco, SEDICIM porté par Eqiom, SEDIASPHALTE porté par Nord Asphalte et VAL’AGRO porté par Baudelet.

À ces projets s’ajoutent les expérimentations grandeur nature menées en 2011 par le Grand Port Maritime de Dunkerque qui lui permettent jusqu’à aujourd’hui une gestion durable des sédiments.

Outre des projets concrets, la Région accompagne aussi des dynamiques et instances régionales complémentaires à la démarche Sédimatériaux telles que, SEDILAB (centre de ressources dédié aux sédiments, porté par le CD2E), ECOSED (Chaire industrielle de recherche sur l’économie circulaire des sédiments, portée par l’IMT Lille-Douai) et ALLLUVIO portée par VNF.

 

La Région Hauts-de-France est fière de ces résultats, l’innovation fait partie intégrante de son territoire et peut aujourd’hui être un modèle duplicable au niveau national et international. D’autant plus que les enjeux liés à la valorisation des sédiments sont doubles…

Aurore Colson : « La démarche Sédimatériaux, présente plusieurs avantages pour la région. Déjà, en termes d’atouts économiques, il y a des enjeux économiques évidents, un atout qui nous est cher, c’est la création ou la préservation d’emplois dès qu’on crée des nouvelles filières de développement, on espère créer de nouveaux emplois, c’est un des points très importants dans cette démarche Sédimatériaux.
Ce sont aussi des coûts évités, que ça soit pour les collectivités en termes de gestion de stockage et d’expédition de sédiments. C’est un point aussi important et un atout non négligeable pour les collectivités, mais aussi pour les entreprises.
Bien entendu, qui dit Région « fer de lance » sur la question de la gestion des sédiments, dit aussi un atout attractif et compétitif indéniable pour l’ensemble de nos entreprises. Mais je pense tout particulièrement à nos ports, et si nous dragons, si nous curons de manière correcte et avec un vrai engouement de nos canaux, nous savons aussi que nous pourrons redévelopper la voie d’eau en région et dans le cadre de l’arrivée du canal Seine-Nord Europe. Bien entendu, les canaux secondaires ont toute leur importance dans le maillage du territoire et il sera essentiel de les entretenir de manière correcte. Qui dit entretien, dit sédiments mis de côté. Ces sédiments, bien souvent, sont aussi un problème sur les territoires, quand on doit les stocker, quand on doit les extraire et donc si nous pouvons ensuite les valoriser, bien entendu, là aussi nous levons un frein psychologique sur la question des sédiments auprès de la population, ce qui est quelque chose d’important. Et puis, qui dit matières revalorisables, dit surtout que les sédiments ne seront plus un déchet, dans l’imaginaire collectif, mais deviendront des matières premières. Quand on sait que la ressource naturelle est à préserver, par exemple quand on parle de BTP et de la question des sables qui va devenir une denrée rare, les sédiments pourrons nous permettre de solutionner ce problème et donc d’être aussi, pour nos entreprises, un atout de compétitivité, car on n’aura plus à se soucier de cette question de préservation et de données de la ressource. »

 

 

 

 

 

« Cette filière est une filière à part entière de l’économie circulaire en région, une filière que nous devons valoriser et que nous devons maintenant démultiplier sur l’ensemble de nos projets » Aurore Colson

 

SEDILAB : Quelle est la contribution du Conseil régional des Hauts-de-France à l’Economie Circulaire et comment les sédiments peuvent-ils accélérer le développement de secteurs économiques ?

Aurore Colson : « Avec la démarche Sédimatériaux, la région des Hauts-de-France s’est positionnée comme une région leader et novatrice sur la valorisation des sédiments, et c’est ce qui fait que maintenant, cette filière est une filière à part entière de l’économie circulaire en région, une filière que nous devons valoriser et que nous devons maintenant démultiplier sur l’ensemble de nos projets, notamment au niveau public, bien entendu. Pour cela, il est important d’emmener avec nous des collectivités dans l’usage des sédiments comme matière première. »

SEDILAB : Vous iriez jusqu’à dire que la filière des sédiments est une filière exemplaire pour d’autres filières ou elle a ses particularités ?

Aurore Colson : « La valorisation des sédiments, comme toutes les filières d’économie circulaire, a ses spécificités, a ses acteurs qui lui sont propres et toute la richesse de l’économie circulaire, c’est de travailler filière par filière avec les acteurs qui sont forces moteurs. Pour les sédiments, bien entendu, ce sont essentiellement des entreprises de BTP, ce qui est caractéristique. Avec aussi la difficulté, qu’une fois le sédiment transformé en béton, on ne le voit plus, on a oublié que c’était du sédiment, ce qui n’est pas toujours le cas pour d’autres filières : par exemple la filière textile, où l’on voit peut-être les choses de manière plus concrète. C’est là aussi où il nous faut être encore plus persuasifs, plus démonstrateurs peut-être, et où les collectivités locales, et notamment la Région des Hauts-de-France, a tout son rôle à jouer pour être moteur sur le sujet. »

 

La filière de valorisation des sédiments a su faire ses preuves et démontrer son caractère concret via la réalisation de divers chantiers. Avec le plan de développement de l’économie circulaire prévu pour cette fin d’année, cette filière va maintenant devenir incontournable.
À terme, les sédiments ne doivent plus être vus comme des déchets, mais bien comme une ressource, une matière première pour les travaux publics, l’aménagement, les travaux maritimes et le bâtiment.

Les résultats positifs obtenus via la démarche Sédimatériaux ont motivé les différents partenaires à accélérer davantage le développement de la valorisation de cette filière, par la signature prochaine d’un Engagement pour la Croissance Verte (ECV). Aujourd’hui, les entreprises qui décident de choisir la voie de l’économie circulaire et notamment de la valorisation des sédiments, augmentent leur compétitivité, leur attractivité et donc leur chance de remporter des marchés.

Pour aller plus loin …

Rencontre entre politiques et acteurs économiques pour la valorisation des Sédiments de dragage sur le territoire des Hauts-de-France

Zoom sur la consultation publique du projet d’arrêté de sortie de statut de déchets des terres excavées et des sédiments en génie civil et en aménagement

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